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Le contexte

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† Memento Mori †




MessageSujet: Le contexte Mer 19 Avr - 13:57

AVE MARIA

L'ENFER EST PAVE DE BONNES INTENTIONS
♪ MARIA CALLAS - AVE MARIA


Le saut de l'ange. Le dernier acte avant la Délivrance. Agenouillée dans la neige, soeur Emmanuelle contemplait, hébétée, le corps exsangue de sa petite poupée de porcelaine. Sous l'empreinte de son corps nu, un linceul rouge sang contrastait avec l'extrême pâleur de sa peau bleuie par les coups. On avait recouvert sa longue chevelure d'or d'un voile de ténèbres qui ombrageait pudiquement les traits de son visage séraphique, figés pour l'éternité dans une expression de profonde surprise. La religieuse ravala les sanglots qui menaçaient de la submerger. Elle savait que La Toute Puissante Mère Marie de la Crucifixion ne tolèrerait pas le moindre signe de faiblesse en faveur d'une pécheresse. La Supérieure du couvent n'avait de Bonne Soeur que le titre ecclésiastique, et la noirceur de son âme étendait son empire sur tout le prieuré. En choisissant de se défenestrer, Soeur Eden ne l'avait pas seulement condamnée à une vie entière de prière et de solitude, elle s'était également affranchie de l'emprise sectaire de l'abbesse. Conformément aux lois de l'Eglise, aucune oraison funèbre n'ornerait le cercueil de son amour disparu. Pour la sororité les voies du Seigneur étaient claires comme de l'eau bénite. En se donnant la mort, sa petite poupée de porcelaine avait péché par le premier commandement et désormais son âme n'était plus qu'un lambeau de spiritualité calciné par les flammes  [de l'enfer]. Il était trop tard pour se repentir ; aucune absolution post mortem ne pouvait plus les sauver de la damnation éternelle. Soeur Emmanuelle esquissa un signe de croix tout en rajustant la guimpe blanche qui encerclait sa gorge comme un étau. Immobiles dans leurs orbites, les yeux révulsés de son bel amour lui renvoyèrent fugacement son propre reflet comme un miroir sans tain. L'image sans fard d'une pécheresse. Au dessus des deux femmes, l'une morte, l'autre bel et bien vivante, le ciel restait incroyablement silencieux. Ensoleillé songea la moniale. Comme si son monde ne venait pas de s'effondrer sous ses yeux.

†††

Hiver 1943, village de Kaysersberg, zone occupée.

Les rumeurs se propagent comme une trainée de poudre dans les chaumières mal chauffées des kaysersbourgeois. A la lueur dansante des chandelles, les drames qui se jouent prennent des allures de contes cathartiques. Certains parlent de malédiction, d'autres de la Bête. Les plus cartésiens quant à eux prônent tout bonnement l'insanité de la nature humaine. Quoi qu'il en soit, ceux qui osent encore approcher l'abbaye du Saint Supplice se comptent sur les doigts de la main. Car nul n'ignore plus les méthodes controversées de la Mère Supérieure, surnommée La Diablesse. A l'abri des regards et à l'ombre de la lumière divine, l'édifice moyenâgeux sombre chaque jour davantage dans les ténèbres déliquescentes. Vivant en recluses, les soeurs de la Contemplation n'ont d'autres choix que d'adorer la main qui les bat, puis les absous. Car à moins de ne porter l'anneau épiscopal, nul ne pénètre ou ne quitte le cénacle du carmel sans l'autorisation de Sa Virginité. Alors on imagine. De l'autre côté du mur, la vindicte populaire se gorge de légendes morbides et méphitiques. Aussi lorsqu'une série de disparitions inexpliquées défraie la chronique régionale, le couvent des carmélites est une nouvelle fois pointé du doigt. Aux yeux de la plèbe excitée, la maison de dieu est devenu l'antre du malin. Même le martèlement des bottes de la Waffen SS, fraîchement débarquée dans la région pour démanteler un réseau de résistants, ne suffit pas à dissiper l'opprobre jetée sur le lieu saint. A la ferveur de la nuit, lorsque les langues se délient au coin du feu, certains évoquent des cris déchirants, des silhouettes inhumaines, des viols collectifs et des sacrifices païens. Ils ne sont pas loin de la vérité. Au coeur de cet empire carcéral le parfum putride de l'horreur empeste chacune des pierres saintes de l'abbaye. Bien plus que la prière, les humiliations publiques et les punitions abusives rythment le quotidien d'une armée de soeurs en extase. Elle est leur Maîtresse. Leur guide spirituel. Leur führer.

"Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux l’Horreur n’est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.

L’éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L’amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l’air d’un moribond caressant son tombeau."

Beaudelaire


Dernière édition par Soeur Athénaïs le Dim 24 Sep - 22:35, édité 35 fois
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